Un nouveau texte inédit signé Gaétan Forest

Photo : Pascal Conner Octobre 2008

Nous avons droit à un beau cadeau pour terminer la semaine, soit un article tout chaud signé de la plume de Gaétan Forest. Cette fois, notre ami nous raconte un pan de l’histoire de St-Mathieu-du-Parc par l’entremise des premiers colons ayant occupé ce territoire. Bien sûr, des thèmes incontournables sont abordés comme les routes et les rivières, l’église, les moulins et les scieries et évidemment le célèbre pont couvert qu’il est toujours possible de traverser de nos jours. De plus, au fil du texte, nous faisons la rencontre de personnages historiques et de pionniers qui ont forgé l’histoire de cette belle région. Un immense merci à Gaétan pour sa collaboration spéciale. Un tel article, qui nécessite des heures incalculables de recherche,  pourrait aisément être publié dans une revue historique, mais c’est sur ce blogue qu’il a choisi de le partager. Sans plus tarder, passons à ce texte tout frais dont le titre nous accroche dès le départ…

On n’entend plus sonner la cloche à la chute à Magnan

On retrouve plus d’une « chute à Magnan » au nord du Saint-Laurent. Il en existe une sur la rivière du Loup entre Charette et Saint-Paulin, dans le comté de Maskinongé, une autre sur la rivière Ouareau, près de Rawdon, dans Lanaudière, une cascade spectaculaire ayant servi de décor pour des tournages de séries télévisées. Une autre chute du même nom, plus discrète mais au charme indéniable, se trouve sur la rivière Shawinigan à Saint-Mathieu-du-Parc dans le comté de Saint-Maurice. Un magnifique pont couvert (61-65-01) la surplombe depuis 1936.

Le pont de Saint-Mathieu (61-65-01) surplombant la chute à Magnan sur la rivière Shawinigan. Photo : Gaétan Forest, mars 1979.

La rivière Shawinigan, aussi appelée Petite rivière Shawinigan, se jette dans le Saint-Maurice à l’intérieur des limites de la ville de Shawinigan. Le nom Shawenegan (Achawenekane) signifie « portage sur la crête » en langue Atikamekw, en référence à la chute que les Premières Nations devaient portager sur le sommet des rochers afin de poursuivre leur voyage en canot d’écorce sur la rivière Saint-Maurice. Les Atikamekw nomment cette dernière Tapiskwan sipi, soit « la rivière de l’enfilée d’aiguilles ». Ce long cours d’eau était aussi connu des anglophones sous le nom de Black River au dix-neuvième siècle, ce qui aurait toutefois un lien avec Pierre de Sales Laterrière, le directeur des Forges du Saint-Maurice vers 1776, qui avait nommé cette grande rivière la « rivière Noire » dans ses Mémoires. 1

Des cantons à vocation forestière

Les grands pins blancs et rouges des riches forêts mixtes de la région mauricienne excitaient la convoitise des barons du bois depuis le début du dix-neuvième siècle pour la production des mats de bateaux qu’ils exportaient en Angleterre pendant le blocus imposé au Royaume-Uni par l’empereur français Napoléon. La forte croissance démographique aux États-Unis augmenta considérablement la demande en bois de construction. Alors que l’arpentage du canton Caxton était réalisé depuis 1824, celui du canton Shawinigan ne fut effectué qu’en 1848 par l’arpenteur Joseph-Pierre Bureau, deux ans après l’abolition du monopole jusqu’alors détenu par les directeurs des Forges du Saint-Maurice sur l’immense réserve de bois franc contenue dans ce canton, un privilège qui leur assurait un approvisionnement constant en bois pour le chauffage des fourneaux utilisés dans la fabrication de la fonte. Le territoire affranchi pouvait alors être offert à la colonisation forestière et aussitôt s’en prévalurent les exploitants forestiers, petits et grands, tant américains que canadiens. 2

Un réseau routier à développer

Des puissants lobbys incitèrent le gouvernement à construire des chemins d’accès à la ressource forestière, facilitant du même coup l’établissement des colons sur des lots encore couverts de forêt. Le défrichement des terres à des fins agricoles assurait aux compagnies forestières la disponibilité d’une main d’œuvre locale abondante pour la récolte du bois, son transport durant l’hiver et la drave au printemps. En 1853 le grand chemin de Trois-Rivières fut prolongé de Saint-Étienne-des-Grès jusqu’au pied des grandes chutes de Shawinigan sur le Saint-Maurice où se trouvaient des glissoires à bois, des jetées et des estacades construites par le département des Travaux publics. 3 Il fut poussé jusqu’aux Piles l’année suivante à travers les concessions Sainte-Catherine et de la Grand’Mère. Au terminus du chemin des Piles, des chalands à vapeur de type pyroscaphe à faible tirant d’eau, propulsés par une roue à aubes à l’arrière, furent mis en service par les compagnies forestières Norcross and Phillips et St. Maurice Lumber pour naviguer sur le Saint-Maurice jusqu’à La Tuque. Une voie de communication qui ne sera toutefois possible qu’après des travaux de dragage effectués en divers endroits, notamment dans le redoutable rapide Manigonce, en amont de Rivière-Mékinac. La compagnie Norcross and Phillips avait construit quelques chemins d’hiver dans le secteur des lacs à la Perchaude, des Piles et La Pêche. L’un d’eux se rendait même jusqu’à la rivière Mattawin. En 1855 le gouvernement confia à Arthur Rousseau, chef de chantier et gardien responsable des glissoires, le mandat de superviser la construction du second chemin des Piles, une voie plus directe et permanente qui fut ouverte l’année suivante et qui donna lieu à la naissance de la paroisse Sainte-Flore. 4 Cette route correspond au chemin de Sainte-Flore actuel (avenue de la Montagne). En 1858-59 l’entrepreneur forestier Cyrille Magnan reçut le mandat de construire le chemin du Moulin pour donner accès à deux moulins à farine et à quatre scieries déjà en usage depuis quelques années, dont l’une était sa propriété. Ce chemin partait de Saint-Boniface en direction nord-est et traversait la « rivière du Moulin Bernier » où une scierie était en usage. Il ne restait à Cyrille Magnan qu’à terminer le pont sur la rivière Shawinigan, près du moulin à scie et à farine construit par Théophilus Rickaby durant l’hiver 1857. La mise en vente ou location de centaines de lots dans les cantons Shawinigan et Caxton en juillet 1860 suscita énormément d’intérêt, tant et si bien que Magnan voyait des colons devancer le parcours de son chemin et prendre des terres à trois milles en avant de l’endroit où il avait arrêté les travaux. 5 Par ailleurs la découverte à l’époque de riches filons de cuivre dans le 4e rang de Shawinigan incita les autorités à construire davantage de chemins d’accès pour l’exploitation du minerai. L’arpenteur Louis-O.-A. Arcand fera en 1862 les relevés nécessaires pour améliorer le vieux chemin rudimentaire dit des Américains (Norcross et Phillips) qui deviendra le chemin Saint-Maurice, offrant une autre voie d’accès aux richesses naturelles de la région. Le tracé de ce chemin qui existe encore débute sur le territoire de Saint-Gérard-des-Laurentides et se prolonge dans le Parc de la Mauricie. 6

Vers Saint-Mathieu

En 1868 le Département de l’Agriculture et des Travaux publics du Québec confia à Cyrille Magnan le mandat de construire un chemin pour relier Saint-Boniface à la rivière Shawinigan, dans le territoire de la future paroisse de Saint-Mathieu. Le chemin Magnan franchirait la rivière Shawinigan au 3ième rang, à l’endroit même où Cyrille prenait racine et construisait une scierie au-dessus de la chute qui portera tout naturellement son nom. Ce chemin serait éventuellement prolongé vers le nord-ouest à travers le canton Caxton en remontant le parcours de la rivière jusqu’à sa source, le lac Wapizagonke.7

À la même époque, Arthur Rousseau, alors maître de poste et maire de Saint-Boniface, en plus de conserver son rôle de gardien des glissoires aux chutes, fut à nouveau sollicité par le Département pour construire le chemin du 5ième Rang de Shawenegan en direction du Petit lac Souris (lac Bellemare). Le coût estimé de ces deux projets quasi parallèles serait de 400$ du mille de chemin. 8 Les travaux du chemin Magnan furent complétés durant l’année 1869 avec l’addition de deux ponts, l’un au-dessus de la chute à Magnan sur la rivière Shawinigan et l’autre sur un affluent, la rivière Souris. Mais l’octroi de 600$ accordé à Cyrille Magnan cette année-là augmenta peu en comparaison de l’aide du double reçue par Arthur Rousseau pour son chemin de Shawinigan. Le gouvernement semblait tout à coup accorder sa préférence à cette route qui traversait le canton Shawinigan du sud au nord pour entrer dans celui de Caxton à la hauteur du Petit lac Souris. 9 Cette nouvelle voie de communication alors reconnue sous le nom de chemin Rousseau favorisa rapidement la venue des colons dans les environs du lac Bellemare où un dénommé G. Gouin exploitait déjà un moulin à scie sur le lot 5 rang 12, canton Caxton, puisant sa force motrice dans la rivière Souris. De ce vieux tracé il ne reste de nos jours que le chemin des Postiers au nord et le chemin de la Station au sud, tandis que le chemin Magnan est en majeure partie disparu. 10

Les premiers colons qui affluèrent dans les cantons Shawinigan et Caxton étaient à la fois bûcherons et fermiers. L’agriculture n’était pour eux qu’un moyen de subsistance secondaire car la fertilité des quelques terres alluvionnaires nichées au pied des contreforts laurentiens et entrecoupées de pentes rocailleuses et sablonneuses pouvait parfois laisser à désirer. D’ailleurs certains colons ne réussiront pas à les faire fructifier et après seulement quelques années de misère perdront courage et repartiront vers d’autres cieux.

Le bois coupé durant l’hiver dans la région du lac Wapizagonke, dans le canton Belleau, était acheminé au printemps par flottage sur la rivière Shawinigan jusqu’au bassin situé au pied des grandes chutes de la rivière Saint-Maurice. La ferme du dépôt de la compagnie Warren Curtis au lac Wapizagonke produisait les fourrages nécessaires à nourrir les chevaux utilisés dans le transport des billots vers la jetée sur la rivière Shawinigan. 11

Début d’une longue querelle pour un clocher

Pendant qu’une dizaine de familles s’installaient sur les rives du lac Bellemare, le groupe principal de colons se fixa au bout du chemin Magnan, près de l’endroit où la famille Magnan exploitait sa scierie. Il allait de soi qu’un premier noyau solide de population, évalué à 36 familles en 1872, commençait à s’agglutiner autour du moulin de la chute, le premier construit dans le secteur.12 L’année précédente, l’évêque du diocèse avait délégué les abbés Luc Aubry et C.-F. Baillargeon pour fixer l’emplacement de la chapelle de la nouvelle mission, une desserte de Saint-Boniface décrétée sous l’invocation de Saint-Mathieu-de-Caxton. La chapelle fut construite par les syndics Théodore Ruel, Cyrille Magnan et Amable Bernier sur le parcours du chemin Magnan, aujourd’hui le rang Saint-François, près de la rivière Shawinigan. Le décret d’érection canonique de la paroisse fut émis le 10 juillet 1874 et un corps de marguillers fut établi par ordonnance civile du 6 septembre 1876. Le modeste édifice servira de lieu de culte pendant quelque seize années. 13

Le choix de l’emplacement de la première chapelle sur le chemin Saint-François causa rapidement du mécontentement parmi des colons. Le clan établi au lac Bellemare, au bout du chemin Rousseau, dans le cinquième rang, commença à manifester sa désapprobation, tandis que les treize familles du premier rang se montraient peu enclines à fréquenter ce lieu de culte à cause de la piètre qualité des chemins pour s’y rendre. Encore moins le nouveau site plus éloigné d’eux que le clan du lac Bellemare s’apprêtait à proposer à l’évêché. Ils demandèrent que leur rang soit annexé à la paroisse voisine de Sainte-Flore qui était déjà florissante et dont le bon chemin construit par le gouvernement près du lac à la Perchaude leur permettait de se rendre plus facilement à l’église. Leur requête fut acceptée par les autorités religieuses et la Législature en 1875. L’amputation du premier rang du canton Shawinigan entraîna le démembrement de la partie nord de la paroisse de Saint-Boniface au profit de la nouvelle paroisse de Saint-Mathieu-de-Caxton créée le 17 juillet 1876.

La paroisse de Saint-Gérard-des-Laurentides issue du démembrement de Ste-Flore et annexant ce territoire ne sera fondée qu’en 1922.

Le chemin le long de la rivière Shawinigan fut complété en 1883 jusqu’au lac Wapizagonke, où se trouvait le dépôt de l’exploitant forestier Warren Curtis et le club Shawinigan, un territoire de chasse et pêche et de villégiature développé par l’Écossais William Parker, un lieu qui sera fréquenté au fil des ans par des personnalités politiques comme Sir Wilfrid Laurier, Sir Lomer Gouin, Louis-Alexandre Taschereau. 14

Arrivée des Déziel à la chute

Magnan ayant mis en vente sa ferme ainsi que son moulin en février 1884, Pierre Labrèche dit Déziel, un fabricant de moulins à battre venu de Saint-Barnabé-Nord avec femme et enfants, s’en porta acquéreur. La possession du moulin et de ses dépendances restera longtemps dans la famille Déziel-Labrèche, passant successivement aux mains de Thomas puis de ses frères Euchariste (Carisse)-Évariste et Onésime, d’où l’appellation de moulin des Labrèche. Les installations comprenaient une écluse et un moulin à farine actionné par le pouvoir d’eau offert par la cascade à cet endroit. On y trouvait un magasin général, la forge d’un dénommé Lapierre, la fromagerie d’Adélard Héroux. Avec deux chemins d’accès, celui venant de Saint-Boniface au sud et celui venant de Sainte-Flore du côté est, la survie de l’arrondissement du rang Saint-François autour de la première chapelle avait maintenant de bonnes chances de succès grâce à l’approvisionnement en denrées de l’épicier Georges Lajoie. 15

Toutefois la discorde persistait entre les paroissiens de la mission Saint-Mathieu-de-Caxton, les uns voulant conserver la chapelle près de la chute et les autres la voulant plus au sud-ouest, soit près du chemin d’Arthur Rousseau qui était en compétition avec celui de Magnan. Les dés étaient jetés depuis la perte du premier rang de Shawinigan. Pour régler une fois pour toute la dispute entre les deux clans, les autorités religieuses se rangèrent du côté des habitants du lac Bellemare et ordonnèrent le transfert du lieu de culte sur le lot 51 du cinquième rang de Shawinigan, un lot d’environ 4 arpents offert par Raphaël Duchesne qui avait aussi cédé à la Fabrique le lot 50 du sixième rang. Le lundi 24 octobre 1887, le gratin ecclésiastique composé de monseigneur Laflèche et son secrétaire, accompagnés des abbés Charles Bellemare et Gravel, arriva en grande pompe au lac Bellemare pour procéder à la consécration de la nouvelle chapelle de Saint-Mathieu. Le Prélat et sa suite furent accueillis par le desservant Adélard Bellemare dans le modeste bâtiment en bois couvert en tôle peinturée, de dimensions 50 pi x 30 pi, 16 pi de hauteur et comptant 195 places, construit par Majorique Lesage, de Saint-Boniface. 16

Le 13 janvier 1889, on procéda à la vente à l’enchère de la toute première chapelle de la mission du rang Saint-François, devenue inutile, qui fut alors acquise par mademoiselle Élisabeth Magnan pour la modique somme de deux piastres. Le terrain retournait donc à son ancien propriétaire, la famille de Cyrille Magnan. Le même jour, Pierre Déziel-Labrèche, alors conseiller municipal de Saint-Mathieu, était élu marguillier. C’était certainement avec un pincement au cœur qu’il assistait à la fin d’une époque. Désormais on entendrait plus sonner la cloche à la chute à Magnan. La vieille structure de bois abandonnée exista jusqu’en 1950 alors qu’elle fut partiellement démolie et remplacée par un bâtiment agricole sur la ferme familiale de Clifford Déziel.

Avant de s’exiler aux États-Unis pour y finir ses jours, Cyrille Magnan aura été témoin en 1903 d’une reprise des hostilités sur la question du clocher de Saint-Mathieu. Comme on projetait de remplacer la chapelle du lac Bellemare par une église plus vaste, les anciens contestataires en profitèrent pour manifester à nouveau et réclamer en 1912 que la construction de la nouvelle église revienne près du moulin et du pont chez Onésime Déziel. Mais l’évêché leur opposa un refus catégorique et l’église fut reconstruite au même endroit en 1913. 17

L’église paroissiale permanente sera détruite par une conflagration qui détruira la moitié du village en 1948. Elle fut reconstruite.

Érigée en municipalité de paroisse en 1887, Saint-Mathieu-du-Lac-Bellemare a été renommée Saint-Mathieu-du-Parc en 1998 suite à la création du parc national de la Mauricie en 1970. 18

Le pont couvert

Le pont primitif construit à la chute Magnan en 1869 avait certainement déjà été reconstruit plus d’une fois. Durant l’exercice financier 1890-91, le ministère de l’Agriculture et de la Colonisation a accordé un octroi de 32.05$ pour le « pont Labrèche », une structure de 80 pieds de longueur. Une contribution locale de 35$ avait été recueillie dans la municipalité de St-Mathieu. Vu le petit montant d’argent impliqué, il s’agissait probablement du montant des salaires consacré à des travaux de réparations. Une équipe de 18 employés sous la direction de Michel Bourassa travaillèrent du 8 au 16 juillet 1890 au pont sur la rivière Souris et à celui de Pierre Déziel, sur la rivière Shawinigan. En tant que contremaître, Jules Delaunay a assuré la bonne marche des travaux et le bœuf d’Henri Houde participa à la corvée avec enthousiasme. Le répondant local auprès du gouvernement pour la gestion de la subvention était Pierre Labrèche. On sait que la famille pionnière des Labrèche-Déziel arriva dans le canton vers 1884. D’esprit inventif, Pierre avait réalisé le design d’une machine à battre le grain pour lequel il gagna un prix lors d’une exposition agricole tenue à Saint-Barnabé en octobre 1897. On comprend que le mécanisme des moulins était sa passion. 19

Au printemps 1936, les glaces emportèrent le pont de bois âgé de 46 ans. Un ingénieur du ministère de la Colonisation fut envoyé à Saint-Mathieu pour diriger les travaux de reconstruction. Le 12 septembre 1937 on procéda à la bénédiction du pont couvert en bois qui portera tout naturellement le nom de « pont Déziel » afin d’honorer les pionniers de l’arrondissement du rang Saint-François. En juin 1974, une aide gouvernementale de 5,800$ fut accordée pour la réparation des culées et le peinturage du pont. La municipalité décréta le nom officiel de « pont de Saint-Mathieu » en 1990, ce qui est fort à propos puisque la structure est située au berceau de la mission Saint-Mathieu. En 1992 le ministère des Transports lui a refait une beauté en remplaçant à nouveau les culées et la couverture pour un montant de l’ordre de 100,000$. 20

Rénové en 1936 suite aux dégâts causés par la débâcle qui avait aussi détruit le vieux pont, le moulin a été vendu à Édouard Hill. En 1960 il passa aux mains de Wilfrid Crisp. Onésime Déziel, marguiller de la paroisse, commissaire des écoles et conseiller municipal, habitait à proximité. À l’occasion d’un souper de famille après une corvée de broyage du lin, une tradition ancestrale, on entendait résonner les violons, accordéons et harmonicas sur la véranda de cette résidence, car les Déziel étaient d’excellents musiciens. De nos jours il ne reste qu’une maison témoin de cette époque près du parc du pont couvert. 21

Le pont de Saint-Mathieu et le moulin Déziel désormais silencieux mais encore attaché à la chute Magnan. Photo : Pierre Duff, mars 1975.

La carcasse du moulin sur le point de s’écrouler en laissant pour se souvenir le pont couvert de Saint-Mathieu. Photo : Gaétan Forest, mars 1979.

Un second pont couvert sur la rivière Shawinigan à Saint-Mathieu ?

D’autres ponts de bois ont existé sur la rivière Shawinigan dans le territoire de Saint-Mathieu-du-Parc (voir carte plus bas). Le pont (1) le plus en aval, sur l’actuelle route 351, a été remplacé par une structure métallique en 1931, puis par une structure en béton. Le pont Blais (2), situé plus haut sur la rivière, était aussi en bois. En 1935 le département des Travaux publics l’a remplacé par une structure en béton armé d’une seule travée de 65 pieds de portée reposant sur deux culées. Ce pont a été remplacé en 1988 dans le cadre d’un redressement de la route. Le trafic a été détourné vers le chemin de la Terrasse des Chutes et vers le pont couvert de Saint-Mathieu durant les travaux. 22

Le 15 septembre 1937, à l’occasion de la bénédiction du pont couvert Déziel (61-65-01), les dignitaires se déplacèrent de quelques kilomètres en amont pour aller bénir le nouveau pont en béton armé (4) construit par le ministère des Travaux publics. Le nom pont Rouge attribué au nouveau pont semble indiquer que la structure précédente était du type couvert en bois. Une autre structure en béton sur la rivière Souris fut bénie à la même occasion ainsi qu’une croix sur le chemin Héroux à environ un kilomètre au nord-est du pont couvert Déziel. Le moulin à scie situé à la décharge du lac Souris, fit aussi l’objet d’une cérémonie. Cette construction neuve appartenait à Alfred Gélinas, maire de la paroisse, et remplaçait un moulin plus ancien édifié en 1869. 23

Localisation des ponts sur la rivière Shawinigan. Carte ancienne 1928, BAnQ.

Le joyau patrimonial qu’est le pont couvert de Saint-Mathieu continue de rendre de fiers services aux résidents du secteur. Il reçoit régulièrement la visite des nombreux touristes séjournant dans le Parc de la Mauricie. En 2007 la municipalité de Saint-Mathieu-du-Parc inaugurait un site historique avec panneaux d’interprétation, aires de repas et sanitaires. Ce site enchanteur témoigne de l’activité économique qui régnait dans l’arrondissement du premier cœur de Saint-Mathieu. 24

Gaétan Forest, avril 2021

RÉFÉRENCES :

1- Site Web Ville de Shawinigan; Itinéraire toponymique du Saint-Laurent ses rives et ses îles. Études et recherches toponymiques, 9. Collectif, Québec, 1984.

2- Proclamation officielle du canton de Shawénégan, sous Lord Elgin, le 13 septembre 1848 (site Web municipalité Saint-Boniface-de-Shawinigan).

3- The Morning Chronicle, 26 août 1851: la compagnie Baptist and Gordon faisait partie de ces lobbys. Baptist était écossais.

4- The Quebec Mercury, 20 novembre 1856; pièce P004-No 5, Plan of the St. Maurice territory / Crown Land Department, Joseph Cauchon, commissaire, G. Matthews, lithographer. 4th April 1856, Toronto; Rapport du Commissaire des Terres de la Couronne du Canada, années 1856 à 1859; la rivière du Moulin Bernier indiquée sur un plan 1926 se jette dans le Saint-Maurice du côté de Saint-Boniface, en face de l’île aux Tourtes : un rapport mentionne la rivière aux Outardes.

5- L’Ordre l’Action Catholique, 10 août 1860; Le Journal de Québec, 13 septembre 1862; Le Bulletin des recherches historiques, vol. 15, no. 2, février 1929.

6– The Morning Chronicle, 11 juillet 1860 et 11 novembre 1863.

7- Rapport sur les chemins de colonisation du Bas-Canada, 1864; Rapport général du commissaire de l’Agriculture et des Travaux publics de la province de Québec, 1869.

8- Idem, p.227 à 229.

9- Rapport général du commissaire de l’Agriculture et des Travaux publics de la Province de Québec, 1870, p. 85-86.

10- Idem, 1869, p.228; monographie Si St-Mathieu m’était conté : Histoire d’un village qui en dit long 1850-1948. St-Mathieu, Michel Cloutier, 1983, 296 pages.

11- Carte Map of part of the St-Maurice and Shawinigan Territories… surveyed in 1897-98, John Bignell, MTF, 25 août 1898, BAnQ.

12- Cloutier, M., page 58.

13- Idem, page 65; la localisation en 1871 de la chapelle sur la terre de François Lessard, lot 54 du quinzième rang de Caxton, à deux pas de la ligne du canton limitrophe de Shawinigan explique le nom de la nouvelle mission de Saint-Mathieu-de-Caxton. C’est le rang St-François actuel. La terre fut acquise par Clifford Déziel, puis par son fils Lucien (1982).

14- Idem, page 17; Gazette Officielle de Québec, 20 avril 1875; Pierre Labrèche dit Déziel fut le second proprio du moulin, le 3e fut Thomas Déziel, le 4e, les frères associés Euchariste-Évariste (Carisse) et Onésime Déziel dit Labrèche.

15- Le Journal d’agriculture illustré, de février à mai 1884.

16- Site Web municipalité Saint-Boniface.

17- Cloutier, M., p.19-103; Le Journal des Trois-Rivières, 7 novembre 1887.

18- Site Web municipalité Saint-Mathieu-du-Parc.

19- Rapport du Commissaire de l’Agriculture et de la Colonisation, 1890-91, p312-313; Journal des Campagnes, 9 octobre 1897; Cloutier, M., p. 104.

20- Idem, p.104; article Nouveau pont, dans Le Devoir, 2 décembre 1936 ; La Presse, 15 septembre 1937; article La paroisse St-Mathieu assiste à la bénédiction de trois ponts, d’une croix et d’un moulin à scie, dans Le Nouvelliste, 15 septembre 1937; site Web Commission de toponymie du Québec.

21- Article Saint-Mathieu et ses moulins, Bertrande Bournival, dans Le Nouvelliste, 30 septembre 1978; Cloutier, M. page 1.

22- Rapport général du ministère des Travaux publics, Québec, 1936; Le Nouvelliste, 23 septembre 1988.

23- La Presse et Le Nouvelliste, 15 septembre 1937.

24- Le Nouvelliste, 7 juin 2007.

Histoire

5 responses to Un nouveau texte inédit signé Gaétan Forest


  1. Josée Guay

    Bonjour, comme citoyenne de St-Mathieu du Parc, c’est un immense merci pour la qualité des informations qu’on y retrouve. Il est tellement intéressant d’apprendre l’histoire derrière la construction de ce magnifique pont. Pas plus tard que cette semaine j’y ai fait un arrêt et je regardais la structure de ciment (là où était le bâtiment de la scierie) en me demandant pour une « x » ieme fois: ça servait à quoi ça? Maintenant je sais.
    Quel travail de recherche, bravo et encore merci pour toutes cette informations précieuses que l’on y retrouve!

    • Gaétan Forest

      Un grand merci pour vos gentils commentaires. De découvrir que les premiers pas de Saint-Mathieu-du-Parc se trouvaient si près du pont couvert avec toute cette riche histoire m’a grandement fasciné et je ne pouvais passer à côté d’en partager le récit.

  2. Simon Pratte

    J’ai placé un lien pour ce texte sur la page Facebook Communauté de St-Mathieu-du-Parc.

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