
Je suis extrêmement heureux de publier ce matin la suite du texte de Gaétan Forest relatant l’histoire des ponts de la rivière des Prairies. Plusieurs personnages historiques gravitent autour de ce récit se déroulant dans les secteurs de L’Abord-à-Plouffe, d’Ahuntsic et du Sault-au-Récollet. Je remercie chaleureusement notre cher Gaétan pour le partage de ses écrits sur le site des ponts couverts du Québec. Des textes d’une telle qualité pourraient aisément se retrouver dans des revues historiques. De plus, la bonne nouvelle est que Conflits d’intérêts sur la rivière des Prairies aura éventuellement une suite, pour le plus grand bonheur des lecteurs. Je vous invite donc à replonger dans l’histoire des cageux circulant sous les ponts Lachapelle, Viau et Delisle-Lemoine. Bonne lecture!
Conflit d’intérêts sur la rivière des Prairies (2e partie)
Un train de bois flotté naviguait paisiblement sur le lac des Deux-Montagnes, poussé par le faible courant et le vent capturé par plusieurs voiles carrées déployées sur des mats rudimentaires. À l’arrière et sur le pourtour de l’immense plate-forme de 1,2 mètre d’épaisseur, une centaine d’hommes armés de longues rames de 9 mètres maintenaient le cap de façon à diriger le radeau à l’entrée de la rivière des Prairies sous la supervision du maître de cage. Au milieu d’un véritable petit village composé de tentes, de maisonnettes et d’abris de fortune disposés sur la plate-forme, des volutes de fumée s’élevaient d’une couquerie destinée à nourrir de fèves au lard les radeleurs affamés. Les radeaux arrimés entre eux comptaient de 200 à 250 cribes ou drames en 25 rangées de 8 cribes de large. Cette île flottante de 457 m de longueur sur 60 m de largeur couvrant une superficie d’un hectare contenait quelque 32,900 mètres cubes de bois. Les grumes équarries de bois dense de chêne reposaient sur des pièces de pin blanc qui assuraient la flottaison des cribes attachés par un grand nombre de traverses de rondins et de pièces de charpenterie de bouleau liées par des harts souples et des milliers de chevilles de bois. À l’approche de L’Abord-à-Plouffe, à mesure que les rives se rapprochaient, les cageux commençaient à retirer les chevilles, à défaire les liens et à démanteler le train en petits radeaux individuels. Les manœuvres des pilotes seraient délicates pour les passer par petits groupes dans le chenal entre les piliers de trois grands ponts disséminés sur les prochains kilomètres de la rivière. Environ 1000 trains de bois arrivaient à L’Abord-à-Plouffe d’avril à octobre, ce qui maintenait le petit village en effervescence.
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