Traverser la frontière à Mansonville à l’époque

Une petite route de terre serpentant à travers champs. Au loin, le poste de douane donnant sur le Vermont. (Photo : Richard Sanders Allen, 1947)

La semaine se termine par un excellent article signé de la plume de notre ami Gaétan Forest. Drôle de hasard, le sujet de l’article est le pont de la Frontière, lequel était justement en vedette hier sur le blogue. Grâce à son excellent texte et à des photos d’archives inédites, Gaétan nous fait revivre l’époque qui a valu son nom à la célèbre structure de Mansonville. Traverser la frontière américaine de cette façon serait impensable de nos jours. Merci à Gaétan de partager avec nous le fruit de ses recherches.

Ce billet sera à la une du blogue pendant quelques jours. Je pars en voyage et je ne serai pas en mesure de publier avant mardi le 28 mars. À bientôt…

Traverser la frontière à Mansonville à l’époque

par Gaétan Forest

Quiconque s’aventure au-delà du pont de la Frontière par le chemin du Pont Couvert se butera à un cul-de-sac. Fermée à la frontière, cette voie ne permet plus d’entrer aux États-Unis. Le chemin est toujours utilisé du côté québécois par les résidents, mais il est abandonné du côté américain depuis 45 ans et son emprise est retournée graduellement à la nature. Ce chemin portait le nom de Old Mansonville Road. On lui connaissait d’autres appellations comme Mountain House Road ou encore chemin La Bonté. Du côté américain c’était LaBounty Road…

Il était admis qu’une faible proportion de chemins contrôlés à la frontière canado-américaine facilitait les activités des réseaux de contrebande. Les autorités américaines voulaient réduire sensiblement la perméabilité de cette frontière pour contrer le problème des entrées illégales de drogues et de personnes sans visa de séjour, tant aux États-Unis qu’au Canada. La tenue des Jeux Olympiques à Montréal au cours de l’été 1976 avait engendré le besoin d’améliorer l’efficacité de la patrouille de frontière et d’exercer un meilleur contrôle de la douane, car la sécurité des Jeux était aussi un aspect important. Avec la collaboration du gouvernement fédéral, le Ministère des Transports du Québec (MTQ) avait réalisé en 1976 un rapport synthèse des études d’analyses visant à déterminer les besoins locaux de circulation tout en tenant compte des objectifs originaux orientés sur la réduction des trop nombreux accès frontaliers. L’étude du Ministère portait sur la portion de frontière comprise entre Saint-Régis et East-Hereford, qui comptait plus de 135 routes, chemins ou sentiers. De ce nombre, 88 étaient des accès publics, dont seulement 19 étaient pourvus d’un poste de douane opérationnel 24 heures par jour. Il fut recommandé de fermer 47 accès publics alors que la majorité des autres demeureraient opérationnels pour assurer un contrôle douanier permanent. Au moment de l’étude, certains postes de douane n’étaient gardés qu’à des heures dites « de contrôle ». Les chemins étaient ouverts à la circulation, mais des panneaux de signalisation faisaient appel à « l’honnêteté et au sens civique des usagers leur demandant de se rapporter au prochain poste de douane. » Bon nombre de chemins n’étaient plus que des sentiers se perdant dans la nature. C’était le cas du Old Mansonville Road à la borne No. 583. Suite à l’étude, le MTQ recommanda de maintenir la fermeture et de mettre en place une signalisation adéquate aux endroits appropriés au moyen de panneaux « fin-de-Route », « cul-de-sac » ou « Québec ».

En 1947, Richard Sanders Allen voyageait dans la région de Mansonville à la recherche de ponts couverts. Il prit quelques clichés du pont couvert du ruisseau Mud et des environs. Des photos qui témoignent de l’évolution du paysage de Province Hill depuis 70 ans.

Du poste frontalier, on pouvait apercevoir une vaste portion de territoire. Ici la borne numéro 583, le Old Mansonville Road, le pont couvert du ruisseau Mud, le mont Hawk et dans le lointain, le massif des monts Becky, Pevee et Sugar Loaf. Photo : Richard Sanders Allen, 1947.

Une scène bucolique qui a inspiré ce dessin au plomb-fusain (Gaétan Forest, 1988).

Un pont couvert au cœur de paturages que la forêt n’avait encore repris de plein droit. Photo : Richard Sanders Allen, 1947.

Un pont tout juste agrippé au promontoire rocheux qui lui sert d’assises. Photo : Richard Sanders Allen, 1947.

Alors que le Ministère des Transports du Québec planifiait la construction d’un nouveau pont sur le chemin Lacombe au dessus du ruisseau Mud et la démolition du pont de la Frontière, Fred Korman, le maire de la municipalité de Potton (1965-1969), a convaincu le ministère de sauvegarder le pont. Ce dernier fut déplacé à côté de la nouvelle structure.

En 1969 il était toujours possible de franchir la frontière au poste Mansonville, mais les automobilistes venant du Vermont devaient se rapporter à la douane canadienne de Highwater. Le couple Raymond et Barbara Brainerd, qui visitaient régulièrement le Québec pour photographier des ponts couverts, entrèrent par ce poste.

Madame Brainerd posant devant le poste de douane désaffecté. Photo : Raymond Brainerd, 11 juin 1969.

On peut lire dans le rapport d’analyse du MTQ en 1976 que l’ancien poste de douane n’était déjà plus la propriété du gouvernement fédéral mais d’un résident de la place. Du côté américain, le chemin à l’abandon retournait graduellement à la nature. De nos jours, le petit poste a peu changé d’aspect et arbore toujours son portique.

En 1969, la végétation ayant commencé à coloniser les rives du Mud Creek, le pont couvert n’était presque plus visible à partir du vieux poste de douane. Photo : Raymond Brainerd, 11 juin 1969.

L’ancien poste-frontière sur le Old Mansonville Road, au sud du pont couvert. Carte 1950, 31I01, BAnQ.

Références :

1- Rapport d’étude sur les routes de frontières au niveau du 45e parallèle-nord (Canada-USA) entre St-Régis r.i. et Comins Mills, Québec. Ministère des Transports, 1976.

2- Association du Patrimoine de Potton.

Histoire

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